Vincent De Wolf

Profession : Député (bruxellois) – bourgmestre d’Etterbeek (MR)

Age : 51 ans

Signes particuliers : En dehors de ses dossiers d’avocat très juteux dans les communes libérales de la capitale, Vincent De Wolf n’a de cœur que pour Etterbeek. Et prouve qu’un grand franc-mac’ peut être un vrai jésuite !

« Je suis timide mais je me suis soigné »

Serez-vous sincère pendant cette interview ?

Je dis toujours ce que je pense, mais peut-être pas toujours tout ce que je pense. On a encore le droit de garder certaines choses pour soi.

Pourquoi faites-vous de la politique ?

On m’a souvent appelé « le bourgmestre par hasard ». J’étais destiné à une carrière académique à l’ULB et au barreau. Puis on est venu me chercher pour boucher un trou sur la liste d’Etterbeek. J’ai donc continué au barreau mais mis l’ULB en veilleuse. À ce moment-là, la commune ne comptait encore qu’un seul conseiller libéral sur trente-cinq. Et la politique locale a tout de suite commencé à me plaire énormément. Parce que, dans la même journée, on côtoie un promoteur pour un dossier qui porte sur des centaines de millions d’Euros puis on rencontre quelqu’un qui a des petits problèmes de voisinage, de trottoir ou de plante grimpante. Vous savez, la commune d’Etterbeek est un peu le résumé de tout Bruxelles. Vous avez des quartiers riches et des quartiers pauvres ; des quartiers de maisons et d’appartements ; on a les plus grandes casernes du pays ; beaucoup d’institutions européennes ; des représentations diplomatiques et régionales ; des populations immigrées importantes, beaucoup de nationalités… Il n’y a rien ailleurs qu’on n’ait pas chez nous ! Ensuite, et ça doit faire environ dix ans, je suis monté à la Région. Au départ, je ne le sentais pas comme évident. Mais avec l’augmentation des compétences vers les régions, je crois que c’est devenu un atout important.

Et on ne vous a jamais proposé d’être ministre…

Un journaliste m’a demandé un jour : « Mais après quoi courez-vous ? ». Je crois en ce que je fais. J’ai des objectifs dans les valeurs que je défends. Mais est-ce que je cours derrière quelque chose en particulier ? Non. Si maintenant, au niveau régional, une possibilité d’exécutif se dégageait… Cette fois-ci, je dirais oui ! J’ai été plus que pressenti à une époque où j’ai finalement fait le choix de ma commune et parce que je devais constituer mon cabinet au niveau du barreau. Maintenant que j’ai cinquante ans et que les équipes sont constituées autour de moi, faire un détour pendant cinq ans à un autre niveau de pouvoir me serait possible. Mais ça ne dépend pas de moi. Tout ça ne sont que des plans sur la comète… Mais je veux dire que ça fait dix ans que je suis au Parlement bruxellois, et que je bataille dans différents dossiers…

…dont le Logement, compétence qui vous permet de vous acharner sur Françoise Dupuis !

Sans grand mérite puisque Françoise Dupuis fait un peu ce qu’il faut pour qu’on lui lance des tomates. Elle tend le bâton. Même dans le milieu socialiste, on le reconnait ! Elle doit aussi avoir beaucoup de qualités, être sincère dans ce qu’elle fait. Mais il faut avouer qu’elle est très obstinée ! Il faut peut-être parfois s’ouvrir aux autres, écouter d’où vient le vent et orienter son action…

Qu’est-ce que vous lui reprochez en particulier ?

Deux exemples : un plan de 5000 logements avait été voté sous Jacques Simonet. Elle aura réalisé à peu près 300 logements. Alors, elle a inventé en dernière minute la notion de « logements identifiés »… Elle a dit : « J’ai identifié 2000 logements ». Ça, je ne connais pas ! Je ne vois encore personne qui loge dans un « logement identifié ». Je connais les logements construits, les logements achetés ou loués, mais « identifiés », je ne connais pas. Non, c’est un échec assez cuisant puisqu’elle a sorti, encore en dernière minute il y a quelques mois, les partenariats public-privé et l’achat de 500 logements dans le privé. Tout ça pour essayer d’arriver, dans la panique et en fin de législature, avec un bilan un peu convenable.

Et ça vous amuse beaucoup…

Un jour, lorsque le conseil d’État avait annulé un permis qu’elle avait délivré pour des logements sociaux, elle a eu cette perle de dire : « Je ne comprends pas que la justice puisse censurer l’action des pouvoirs publics ! ». Donc : au-dessus de la justice ! Autre exemple, j’ai défrayé la chronique il y a deux ans avec le droit de superficie. Un autre socialiste m’a dit : « Va présenter ça chez Dupuis ! ». J’ai été la voir et elle m’a répondu : « C’est pas possible ! ». Je lui ai donné le texte de la loi, elle l’a lu, et m’a répondu : « C’est vous qui le dites ! ». Là, j’avoue être resté sans arguments… La loi est claire. Elle a été écrite en 1824, elle est sur papier, pas interprétable et simple… Et elle me répond « c’est vous qui le dites ! ». Ça vous montre le personnage… Même le RBDH, le Rassemblement bruxellois pour le Droit à l’Habitat, qui est un mouvement bien à gauche, a fait des pétitions pour dire que l’allocation aux loyers qu’elle sortait était aussi légère qu’une plume et ne servait à rien. La problématique du Logement à Bruxelles est très complexe et je n’ai pas la prétention de dire que, si demain j’ai cette compétence, j’allais résoudre ça en quelques mois. Je ne suis pas magicien. Mais je crois qu’il faut multiplier les solutions : le droit de superficie pour le logement moyen, la mixité dans les logements sociaux, la création de nouveaux logements sociaux, l’adjonction d’allocations aux loyers, etc.

Pour ou contre une sanction contre les propriétaires des logements inoccupés ?

Cette ordonnance vient d’être votée et je peux vous dire que je lance une pétition contre ce texte au niveau de son application. Il y a encore des gens dans ce pays qui travaillent, payent un impôt sur leur revenu, placent en banque (quand ils ont encore confiance en leur banque), payent un impôt sur l’intérêt qu’ils reçoivent et après achètent un immeuble. Ils payent ensuite un impôt de 12.5% lors de l’achat, ils payent après sur le revenu cadastral, et quand ils décèdent, leurs enfants payent encore des droits de succession sur l’immeuble ! Je crois que le jeu de solidarité est convenablement joué comme ça. Non… Moi, je distingue les immeubles inoccupés et les immeubles à l’abandon qui n’ont absolument pas ma faveur. On a été la première commune à pourchasser ces immeubles à l’abandon et il n’y en a plus sur Etterbeek. On a eu le cas des spéculateurs qui laissaient pourrir des immeubles sur pied. Qu’est-ce qu’on a fait ? On les a taxés tous les ans ! Et ils ont fini par vendre à des promoteurs qui ont fait des logements. Moi, je veux donc taxer les projets spéculatifs sur les immeubles inoccupés. Ceux qui ont voté ce texte essayent aussi de dresser contre la population le pensionné de 65 ans qui, après quarante ans de métier, veut laisser son bien immobilier inoccupé parce qu’il a la possibilité d’aller vivre pendant 10 ans à la côte d’Azur avec la personne qu’il vient de rencontrer. A-t-il le droit de laisser son appartement inoccupé en payant les charges et ses impôts ? Moi, je réponds oui ! Imaginez quelqu’un qui est placé dans un home, qui a un problème mental important, qui doit partir à l’étranger pour des raisons professionnelles ou autres Devoir se justifier devant un fonctionnaire parce qu’on n’a pas consommé assez d’électricité ou d’eau pendant un an, je ne trouve pas ça acceptable. Et pire, si une association en charge du logement fait une lettre de dénonciation au fonctionnaire qui va être engagé, dans les huit jours après réception de cette lettre, ils peuvent casser la porte et entrer pour voir si le bien est occupé ou non. Je ne peux pas comprendre ça. Autre problème : on crée une double taxation puisqu’à la taxe communale vient s’ajouter une taxe régionale. On viole ainsi la règle de ne jamais taxer deux fois la même chose.

Depuis les dernières régionales, vous avez été rétrogradé à la 11place sur la liste. Heureux ?

On espère toujours mieux mais… ça va !

Si ça ne tenait qu’à vous, quelle serait la coalition idéale ?

Ça, je ne peux pas me permettre de choisir ! Je pense que la coalition actuelle est très mauvaise. Le mélange entre les personnes n’est pas bon ; le pouvoir n’est pas réparti de manière égalitaire et malgré le fait que je me considère comme à la gauche de mon parti, je trouve que cette coalition tire beaucoup trop à gauche ! La problématique du Logement dont on vient de parler tient pour moi plus du collectivisme voire du communisme que du socialisme. Beaucoup de socialistes bruxellois sont fort extrêmes. Il faut donc aussi tenir compte de l’arithmétique des programmes et éviter les conseils de ministres qui s’apparentent plus à des conseils de guerre.

Didier Reynders, par son arrogance, n’a-t-il pas rendu son parti infréquentable ?

Je crois qu’il est fort diabolisé. Regardez la manière dont il a géré la crise bancaire ! Les grands quotidiens internationaux et les grands patrons, dans les premières semaines qui ont suivi la crise, n’ont pas arrêté de louer et de citer en exemple le ministre des Finances belge. Et ça, c’est objectif ! Il y a une diabolisation parce qu’en 2007, on est devenu le premier parti en Wallonie, on a détrôné le PS.

Le PS se venge ?

Je pense qu’il y a de ça. Que tout est bon pour abattre l’adversaire. Monsieur Reynders est quelqu’un de sensible qui n’est pas très connu dans sa personnalité profonde. Et on profite de ça alors que c’est quelqu’un de charmant, de gentil.

C’est donc un défaut de communication ?

Moi, je suis passé par là. Je suis un timide qui s’est soigné. Et je sais que la perception que les gens ont de moi est différente de celle d’il y a dix ans. L’image qu’on dresse de lui n’est pas l’image réelle de ce qu’il est. Et ça, c’est injuste !

La liste bruxelloise ne manque-t-elle pas d’un Big Loulou pour faire péter les scores ?

C’est compliqué parce que, sur le plan personnel, je suis très proche de Louis. Nous avons les mêmes origines sociales, on pense la même chose sur beaucoup de choses, on s’entend très bien. C’est quelqu’un en qui je me retrouve beaucoup, et je lui dois une grande partie de ma carrière. Honnêtement, je ne sais pas juger puisque je n’ai pas été associé au choix. Et je ne sais pas dans quelle mesure les personnes elles-mêmes ont été libres de porter leur choix. Je pense qu’Armand Dedecker est un très bon candidat, même si lui aussi est diabolisé comme étant l’aile conservatrice traditionnelle du parti. Pourtant, il est très réformateur, il a beaucoup d’idées et bouscule parfois les gens. Le score qu’il a fait au Sénat sur Bruxelles en 2007 était extraordinaire. Et Louis Michel, comme commissaire européen, a été très apprécié et a fait bouger beaucoup de choses. Il y a quand même une cohérence…

En tant que personnalité de gauche du MR, pensez-vous que le MR est trop à droite ?

Par définition, nous sommes un parti du centre qui rassemble des personnalités d’horizons divers. Les origines sociales et les opinions sont différentes. Mais les discours que tenaient Louis, Daniel et ici Didier, à savoir la rémunération de l’effort, l’excellence au niveau de l’éducation, le fait de générer les richesses avant de pouvoir les partager, ce sont toute une série de choses dans lesquelles je me sens bien. Mais je me considère plus à la gauche de mon parti.

Pour ou contre l’interdiction du port du voile à l’école ?

Pour être d’une commune où il y a une communauté immigrée relativement importante, je suis très sincèrement épris de liberté, de tolérance. Et même si c’est un domaine qui est complexe, je suis frappé de voir que dans les pays d’origine, que ce soit au Maroc ou en Tunisie, il y a une émancipation, un mouvement vers l’européanisation ; et ici, un repli identitaire. Et pour ça, il faut laisser à la communauté éducative locale dans l’école le choix de dire « on accepte ou on refuse ». Et je pense que le fait de refuser le port du voile à l’école est plus une protection qu’une interdiction par rapport aux jeunes filles. Parce que je ne sens pas la majorité des jeunes filles libres de le porter ou de ne pas le porter en raison de pression sociales et culturelles.

L’interdiction du port du voile n’engendre-t-elle pas le risque de voir ces jeunes filles privées d’école par ces mêmes pressions sociales et culturelles ?

Non, je ne pense pas. On peut tout dire. On peut aussi dire que ça va pousser à la création d’écoles islamiques. La constitution le permet. Fautpas oublier qu’il y a des écoles catholiques, des écoles israélites qui existent ! Là, les choix sont plus clairs ! Mais je pense que dans les écoles neutres, il ne faut pas arborer de signes distinctifs religieux, politiques ou philosophiques. Et que cette interdiction est le prix de la liberté.

Michelien ou reyndersien ?

La question n’est pas sympa parce que réductrice. Ça n’a pas de sens comme question. Il n’y a pas de choix à faire aujourd’hui entre les deux. Les hommes sont différents… Quand j’entends Reynders dire qu’on n’est pas riche avec 1000€, j’applaudis ! On ne s’occupe que de ceux qui n’ont rien (et il faut le faire), mais on ne s’occupe pas de ceux qui ont peu ! À Bruxelles, quand vous avez un ou deux revenus moyens, vous n’arrivez plus à vous loger. C’est ça le scandale ! Il faut s’occuper des plus démunis mais nous, on s’occupe aussi de cette tranche de la population. Et là, je ne suis pas sûr que les discours de Louis Michel et Didier Reynders soient différents. Les personnalités sont différentes, les hommes sont différents. Louis est perçu comme plus chaleureux et Didier comme moins chaleureux.

Françoise Schepmans ou Françoise Bertiaux ?

Écoutez, Bertiaux, je la vois tous les jours depuis 18 ans, hein (rire) ! Schepmans, je la connais moins bien. Elles sont différentes. Bertiaux est plus technicienne, combative et virulente tandis que Schepmans, je la sens moins à cheval dans un dossier plutôt que dans un autre. Elle est plus conciliatrice. Mais je pense que sur le fond, si on prend la ligne gauche-droite, elles ne sont pas différentes. Moi, je suis plus de nature combative et incisive. Mais la fusion des deux serait peut-être parfaite !

Vous êtes un peu jésuite sur les bords ?

Je ne pense pas. Je parle avec sincérité, vous en faites ce que vous voulez !

Didier Gosuin ou Bernard Clerfayt ?

Je préfère Clerfayt, mais c’est une question de génération. Mais Gosuinest un grand travailleur pour qui j’ai beaucoup de respect. Quand je vois ce qu’il fait au Parlement, ce type n’est pas là pour faire de la figuration.

Rachid Madrane ou André du Bus ?

Vous m’auriez posé la question il y a un mois, je vous aurais répondu ni l’un ni l’autre. Parce qu’André me déçoit dans son opposition. Ça manque souvent de hauteur. Tout ce qu’on fait n’est pas mauvais. Et ne jamais le reconnaître, c’est se décrédibiliser. Et Rachid, j’avais un problème de confiance envers lui. Dans certains dossiers, il n’a pas respecté ses engagements. Mais les hommes changent. Je suis en train de l’observer, il a l’air de se transformer.

Si vous n’aviez pas été au MR, dans quel parti auriez-vous milité ?

Le cdH surement pas, parce que je suis agnostique et j’estime que mélanger la confession et la politique est une mauvaise chose qui conduit le monde à des fleuves de sang. Je dirai donc plus écolo que socialiste, mais pas dans une assemblée de Khmers verts ! Si tous les verts bruxellois étaient comme Céline Delforge, alors ce serait sans moi !

Un commentaire impertinent à votre président de parti ?

Je ne suis pas un intime de Reynders. Je crois qu’il m’apprécie, on se connaît bien, mais on n’est pas des intimes. Je n’ai jamais eu de difficultés d’accès avec lui. Quand je lui envoie un SMS, il me rappelle dans les cinq minutes. Ça, ce sont des choses que les gens n’imaginent pas. Donc, je pense que c’est ça qu’il devrait essayer de faire passer : sa gentillesse, sa disponibilité, son humanité, etc.

Vous vous voyez comment dans dix ans ?

J’aimerais avoir la force de me dire qu’il faut passer à autre chose. Mais ayant été le plus jeune bourgmestre de Bruxelles… Vous savez, c’est une drogue ! C’est une activité passionnante qui peut manger la vie. J’espère que ça ne mangera pas la mienne.

Qu’aimeriez-vous qu’on retienne de vous ?

Jean Demannez m’a dit un jour : « Vincent, n’oublie pas que les gens ne viennent pas te voir, ils viennent voir le bourgmestre ». Quand vous n’êtes plus bourgmestre, ils ne viennent plus vous voir… J’aimerais donc que les gens se souviennent que j’étais un homme qui a exercé une fonction.

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