Code Courard : jour J pour implosion
La bible selon Saint-Courard, vulgairement titrée Code de la démocratie locale, pourrait, après l’épisode « Mon bourgmestre aux 762 voix », connaître un nouveau rebondissement ! C’est en effet depuis mercredi passé qu’on peut renverser une coalition communale (presque) comme on veut, grâce aux bien inspirées « motions de méfiance collective ».
Késako ? Cette disposition du Code de la démocratie locale, qui entre en vigueur pile-poil six mois après l’intronisation des nouvelles majorités communales, stipule qu’un collège échevinal peut être « licencié » si une majorité du conseil communal le souhaite, et céder la place à une « nouvelle » majorité. Une vraie bombe à retardement, qui pourrait péter dans les communes dont la majorité ne tient qu’à un voire deux sièges au conseil communal. Deux exemples en pays verviétois :
Malmedy : vive le décret Charleroi !
Rétroacte : avant octobre 2006, Malmedy vivait calmement au son des F1 de Francorchamps et des humeurs de son député-bourgmestre – depuis 1982 ! – Robert Denis (MR). Mais quelques mois avant le scrutin, ses petites affaires très… carolo-socialistes lui ont pété au visage et plusieurs de ses ex-colistiers ont fondé la liste Forces Vives avec des socialistes. Au lendemain des élections, l’Entente communale du bourgmestre s’est retrouvée avec 10 maigres sièges sur les 21 que compte le conseil communal, et Forces Vives (4 sièges) s’est allié à l’Alternative (6 sièges) du nouveau bourgmestre Jean-Paul Bastin, avec le soutien du seul élu PS, René Grenier, qui est (re)devenu échevin. Mais ce dernier n’a jamais caché sa préférence pour le clan Denis (il se présenta même sur sa liste pas le passé) et son parti réclame aujourd’hui d’obtenir aussi la présidence du CPAS (actuellement dévolue à Forces vives). Ajoutez à cela qu’un des 4 conseillers Forces Vives, Denis Gabriel, a quitté son groupe et siège désormais comme indépendant, et vous n’avez plus ni cohésion ni… majorité arithmétique ! Le week-end passé, certains essayaient de rabibocher la majorité, et l’Union socialiste communale s’est réunie hier soir. Sans pouvoir préjuger de ce qui s’y est dit, trois scénarios sont possibles : 1) Alternative et EC convolent avec le PS pour virer Forces vives. 2) EC et le PS composent une très courte majorité de 11 sièges, à moins d’y ajouter le désormais indépendant Denis Gabriel. 3) EC et Forces Vives se réconcilient. Il reste une solution subsidiaire, celle dite « du décret Charleroi » : le collège démissionne, et le dispositif de la loi Courard qui veut que le bourgmestre soit le plus populaire de la liste la plus populaire de la majorité ne s’applique plus. Dès lors, Bastin peut faire un nouveau pacte de majorité avec EC tout en gardant son écharpe mayorale. Et si ce nouveau pacte de majorité n’est pas signé avant les trente jours, on revote. Ce qui ferait bien plaisir au populaire Bastin…
Trois-Ponts, ton univers impitoyable…
Toujours en pays verviĂ©tois, la charmante commune de Trois-Ponts, ses riantes finances, son mĂ©morable carnaval (frĂ©quentĂ© mĂŞme par Didier Reynders), et… son bordel politique ! Juste pour fixer les choses : la dernière lĂ©gislature complète (2000-2006) fut la seule depuis longtemps Ă ne pas connaĂ®tre de changement de majoritĂ©. C’est dire la stabilitĂ©. Facteur dĂ©terminant de ces dĂ©boires : la haine corse entre le libĂ©ral Jean-Luc Gabriel (bourgmestre actuel) et le non-dĂ©fini Pierre Hallet (qui compte des MR pur jus sur sa liste, allez comprendre). Au scrutin d’octobre 2006, l’arrivĂ©e d’un outsider issu de l’associatif local, Michel Bureau, avait changĂ© la donne : en s’alliant avec Gabriel, le petit nouveau remballait Hallet dans l’opposition. Depuis, Bureau n’en a souvent fait qu’à sa tĂŞte Ă tel point que, pas plus tard que le mois passĂ©, la majoritĂ© n’arrivait pas Ă un accord pour voter le budget. Le nĂ©ophyte Bureau avait visiblement des envies d’infidĂ©litĂ© avec Hallet, mais ce dernier aurait prĂ©fĂ©rĂ© qu’on en revienne Ă la bonne vieille dualitĂ© historique en se repacsant avec Gabriel. Le hic, c’est qu’en conformitĂ© avec le fantastique Code de la dĂ©mocratie locale, Gabriel perdrait alors son mayorat. Hallet avait beau avoir multipliĂ© les tentatives de lui offrir la prĂ©sidence du CPAS, mais ce week-end, la situation s’est encore retournĂ©e : Gabriel et Bureau ont fait la paix, le second votera le budget et la majoritĂ© est repartie… pour un an, jusqu’au prochain budget et la prochaine crise de nerfs ?
Demandez le programme !
L’Ardenne liégeoise n’a pas le monopole de l’instabilité communale. A Seneffe, on se souvient que l’ex-bourgmestre Philippe Bouchez s’était attiré les foudres de Philippe Busquin en essayant de l’écarter pour cause… d’âge trop avancé, et que l’ex-président du PS le lui avait amèrement rendu en retrouvant le mayorat. Depuis lors, on ne peut pas dire que la situation se soit apaisée, et Bouchez garde une autorité certaine. A Gerpinnes, l’ex-boss temporaire de l’ICDI, Roland Marchal, s’était fait piquer l’écharpe mayorale par le cdH Philippe Busine, acoquiné avec le MR, en 2006. Mais les vieilles amours violettes pourraient reprendre… On peut encore envisager une motion de méfiance collective à Ecaussinnes, mais visiblement pas, par contre, dans des communes où on le prédisait il y a six mois encore, comme à Amay, Binche, Dour, Huy ou Verviers.
Le principe de cette motion de méfiance collective ? Une belle connerie qui paranoïse encore davantage des élus locaux déjà , comme leurs « grands frères », obnubilés par leur pouvoir personnel. Avec ce principe, Courard et tout le gouvernement wallon ont ouvert grand la porte aux alliances ponctuelles, aux coups de couteau dans le dos… bref, à encore plus d’instabilité politique, au seul niveau qui recueillait encore un minimum de confiance de la part des citoyens… C’est pas pour rien qu’en banlieue carolo, on appelle Philou le « ministre de l’opposition ». Pour un camarade qui accusait en son temps l’opposition carolo d’avoir, par son inactivité, été complice des magouilles de l’ancien régime…
10 juin 2008 at 9:52
En matière d’actions de “grâce Ă ” ces « motions de mĂ©fiance collective », on peut s’attendre Ă ce que les apparatchiks du Boulevard s’activent en prĂ©paration de 2012 ou dès avant. Règne du monopole, de haut en bas de la pyramide “dĂ©mocratie wallingante”.
C’est que partout au niveau local, la cohabitation des sempiternelles petites misères jamais chassĂ©es par un vent frais incite Ă la bisbrouille. N’Ă©tait-ce pas dĂ©jĂ le cas au temps de la fĂ©odalitĂ© entre tous ces petits seigneurs guerroyants d’alors? L’homme passe et se rĂ©pète.
A quand ce temps béni de la cohabitation pacifique des espèces tel le paradis illustré sur les brochures des Témoins de Jéhovah?
10 juin 2008 at 12:17
Si au moins cette animation de la vie communale pouvait servir Ă amener plus de citoyens Ă s’intĂ©resser Ă la politique !
10 juin 2008 at 12:27
Le carnaval de 3-Ponts n’est en rien remarquable et n’a jamais reçu Didier Reynders, vous confondez avec celui de Malmedy dans la confrĂ©rie duquel il a Ă©tĂ© intronisĂ© ou avec le laetare de Stavelot qui le reçoit souvent.
Ce n’est pas le plus important, certes.
10 juin 2008 at 13:23
il y a toujours eu des renversements d’alliance au niveau communal en cours de mandats
Ici on les encadre. Alors un mal ? un bien ?
10 juin 2008 at 13:58
KeyserS,
faudrait se convaincre que si la majoritĂ© PS-CdH au PW a forcĂ© cette disposition lĂ©gale, ce n’est pas pour des roupilles de sansonnet.
L’intention sera bien de l’exploiter. ça mĂ©rite un suivi attentif.
PAN va certainement veiller Ă la chose… voyons les premiers cas ciblĂ©s.
10 juin 2008 at 14:25
voire
la mĂ©fiance constructive existe au niveau rĂ©gional depuis 1988 (je crois) mais n’a jamais servi.
11 juin 2008 at 14:15
c’est dans la constitution pour l’Etat fĂ©dĂ©ral et les entitĂ©s fĂ©dĂ©rĂ©s. Bruxelles-Capitale est elle une entitĂ© fĂ©dĂ©rĂ©e ?